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Je suis arrivé au Liban il y a tout juste cinq jours, le 3 septembre. Aujourd’hui, fête de la Nativité de Marie, je m’assois un moment pour écrire certaines des choses qui me sont arrivées et que j’ai vécues comme un authentique appel et en même temps comme un cadeau de Dieu.

Le frère Emili nous invitait à vivre la célébration du bicentenaire mariste comme « un nouveau commencement » pour notre famille mariste et il proposait de vivre ces trois ans préalables comme une occasion de mettre en valeur des attitudes fondamentales pour ce nouveau commencement : l’année Montagne, pour renouveler notre engagement vis-à-vis des enfants et des jeunes les plus nécessiteux ; l’année Fourvière, pour grandir dans la fraternité et la communion ; et l’année La Valla, pour approfondir notre spiritualité et la vivre d’une manière plus incarnée.

Personnellement je me suis senti fortement interpellé par cet itinéraire et j’ai vécu l’année Montagne d’une manière intense. Les paroles du pape François nous invitant à sortir de notre propre confort et à oser rejoindre les périphéries, ont résonné en moi. La devise de Pâques 2015, « Avec le Christ, vers les périphéries », m’a touché spécialement… Je priais et je sentais cet appel pour moi et pour la communauté. Je voulais que la réponse de l’année Montagne soit plus concrète, et c’est quelques jours plus tard que quelqu’un de l’administration m’a dit : « Il y a un jeune de 18 ans avec pas mal de difficultés ; nous ne savons pas qui pourrait l’accueillir et l’accompagner, et nous avons pensé à toi… Nous comprendrons que tu refuses car, en vérité, c’est un cas spécial… » Et nous l’avons accueilli dans notre communauté pendant deux mois et demi ; aujourd’hui le jeune sourit et mène une vie normale. Il me disait : « Pourquoi m’avez-vous accueilli, vu mon curriculum ? » « Parce que nous ne l’avons pas lu », lui ai-je répondu. Et le jeune de poursuivre : « Voilà ce qu’il me fallait, quelqu’un qui m’accueille et qui croit en moi. » Ce fut un de nos Montagne de notre temps pascal.

Le matin même de Pâques je voulais lire un message qui me remue dans mon intérieur, qui soit conséquent avec la devise « Avec le Christ ressuscité, vers les périphéries ». Peut-être avait-on mis en ligne le message de Les Avellanes ? Et c’est la lettre du Projet Fratelli qui est s’et affichée sur l’écran de mon ordinateur. Je l’ai lue. Quelle initiative hardie que celle de nos Supérieurs généraux des Frères des Écoles Chrétiennes et des Frères Maristes ! « Créer d’autres espaces dans des lieux de frontière où nous puissions développer la logique évangélique du don de la fraternité, de l’accueil de la diversité et de l’amour mutuel, donner une réponse rapide à des enfants et des jeunes déplacés, réfugiés dans d’autres pays à cause de la guerre et en situation de risque… commencer par créer un espace au Liban… » A aucun moment je n’ai pensé que pourrais m’impliquer dans ce projet, mais il éveillait en moi une grande joie et une fierté familiale pour l’audace qu’il supposait, et je l’ai largement diffusé.

Et quelques jours après arrive la lettre du frère Emili « Montagne : la danse de la mission ». Quelle manière de toucher le cœurs des Maristes, nous invitant à être complices de l’Esprit, à être des Maristes en sortie, à être une présence évangélisatrice parmi les enfants et les jeunes en situation de vulnérabilité, à cheminer vers un nouveau commencement en étant des mystiques et des prophètes… et la question : que ferais-tu si tu n’avais pas peur ?

Je n’ai pas eu le temps de me poser cette question car le frère Emili lui-même m’a invité deux jours plus tard à faire partie du Projet Fratelli, et du fond de mon cœur a surgi aussitôt le oui. Les formalités et le dialogue avec ma famille ont pris quelques jours, mais le oui de ma première profession, mieux encore, mon oui au quotidien s’est élargi. Ce fut un oui de paix, sans me poser trop de questions liées à mes difficultés personnelles et à mon âge… Je remercie ma famille et les personnes qui m’ont aidé dès les premiers instants.

Et c’est maintenant que je rencontre les difficultés quand tout est à rêver et à faire. Nous sommes à Beyrouth dès le début septembre, un jeune frère de la Salle appelé Andrés, et moi-même. Nous tâchons de n’être que cela, tout simplement, des frères en chemin et en recherche pour nous approcher des enfants et les jeunes réfugiés syriens, irakiens, arméniens, palestiniens… et vivre avec eux. Nous avons accordé nos violons, et là où n’arrivent pas encore les plans et les pierres, arrive la confiance, la prière et le soutien fraternel. Les communautés sur place nous accueillent et nous accompagnent dans nos premiers pas, mais c’est nous qui devons faire le chemin avec d’autres personnes qui marcheront à nos côtés. Les enfants et les jeunes et leurs familles – ou peut-être sans famille – sont là : plus d’un million et demi de réfugiés dans un petit pays qui n’atteint pas les cinq millions d’habitants… et ce en coïncidence avec l’exode de nombreux réfugiés vers l’Europe, ces derniers jours, frappant à nos portes. Vous serez sans doute généreux et créatifs.

Dieu saura ce qu’il veut de chacun de nous et nous ne comprendrons jamais pourquoi ces choses arrivent. Mais il est clair pour moi que Dieu me veut au milieu des frères les plus vulnérables et aujourd’hui Il m’a conduit ici, au Liban ; je vis cela comme un nouveau commencement à maints égards : pays, langue, culture, sens inter congrégations.… Tout un défi et une richesse. Mais l’authentique nouveau commencement, je le comprends comme une ouverture plus grande à Dieu, afin d’être un meilleur instrument de son amour, un frère authentique engagé pour la justice.

Je vous le dis en toute humilité, sans citations trop textuelles… à partir de mon expérience vitale. Maristes, laïcs et frères, ouvrons-nous à l’action de Dieu, faisant tous notre chemin là où Dieu nous voudra, dans le sens d’un nouveau commencement. Merci, Jésus, de marcher avec toi en ce moment de la vie.

F. Miquel Cubeles

8 septembre 2015